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Steve Jobs : l’interview qui déchaîne les Apple Haters ! [Vidéo]

Une interview de Steve Jobs datant de 1995 soulève actuellement beaucoup de réactions sur le Web. C’est peut-être parce que Jobs y condamne un marketing tout puissant qui semble désormais être l’apanage d’Apple version 2014…

Steve Jobs interviewé en 1995 - maketing trop puissant

C’est le 2 novembre que le Youtuber Jared Schwartzentruber publie une interview de Steve Jobs datant de 1995. L’homme n’a pas choisi cette vidéo par hasard. Il s’agit d’une entrevue dans laquelle Steve Jobs est très sévère envers les sociétés où markéteux et commerciaux sont tout puissants. Le co-fondateur d’Apple fait d’ailleurs clairement allusion à Pepsi chez qui les créateurs ont totalement perdu la main au profit d’un service marketing qui considère une nouvelle forme de bouteille comme une innovation.

Le contexte

Steve Jobs est d’autant plus choqué par ce phénomène qu’il touche des entreprises en position de monopole ou quasi-monopole. Un statut qu’elles ont acquis en innovant ! Si on peut imaginer que Steve Jobs pense très fort à IBM, Microsoft ou Apple, il n’est pas étonnant qu’il prenne Pepsi comme exemple. A l’époque, Steve Jobs qui n’a plus aucun rôle chez Apple, est encore très amère vis à vis de John Sculley. Ce dernier, transfuge de Pepsi, a dirigé Apple entre 1983 et 1993 et a viré Jobs de sa propre entreprise. En 1995, Steve jobs, qui mise tout sur l’innovation avec le lancement de NeXT et le rachat de Pixar, est en semi-échec. NeXT, véritable gouffre financier, ne trouve pas de débouché tandis que le studio d’animation lance tout juste Toy Story, son premier long-métrage. Du côté d’Apple, c’est pire. Entre les échecs commerciaux, le manque d’inspiration et l’absence de leadership, la marque à la Pomme est à deux doigts de mettre la clé sous la porte. 2 ans plus tard, Apple rachètera NeXT. Un événement qui entamera le retour progressif de Steve Jobs aux commandes de Cupertino.

L’interview en VO sous-titrée en français

2014, un autre temps…

Aujourd’hui, le contexte a bien changé. Première capitalisation boursière au monde, Apple enchaîne les succès depuis presque 20 ans. Les iMac, iPod, iPhone et iPad ont fait d’Apple l’une des sociétés les plus lucratives et les plus populaires au monde. Un statut qui prête le flanc à d’acerbes critiques surtout quand l’un des plans Pommés ne se déroule pas sans accrocs. Qu’elles viennent de fans déçus ou de haters estampillés Android ou Microsoft, les critiques et insultes explosent en masse à la moindre interrogation sur la stratégie de Cupertino. Il est vrai que des incidents récents ont laissé les observateurs perplexes : gros bug d’iOS 8, fragilité de l’iPhone 6, iPad Mini 3 sans fard, etc. Les plus critiques, dont fait partie Jared Schwartzentruber qui a publié la vidéo, jugent qu’Apple se trouve aujourd’hui « sur une pente dangereusement glissante ». La publication de l’interview a d’ailleurs suscité de nombreux commentaires sévères voire haineux envers la Pomme. La discussion, à couteaux tirés, se poursuit d’ailleurs sur Reddit !

Pourquoi tant de haine ? Parce que pour certains, qu’ils soient objectifs ou pas, Apple est devenue ce qu’abhorrait Steve Jobs : une société ultra-puissante qui se repose sur le pouvoir du marketing et l’intelligence des commerciaux au lieu de tout miser sur les créateurs, seuls capables de régénérer l’innovation qui a conduit Apple là où elle est aujourd’hui. Vous l’aurez compris, si l’intervention de Steve Jobs raisonne tant c’est que son contenu pourrait servir à juger Apple version 2014 !

Il est pourtant difficile de comparer Apple à Pepsi, Microsoft ou IBM. Ces deux dernières sociétés ont, c’est vrai, longtemps capitalisé sur un savoir-faire et une position dominante qui les a sans doute rendues arrogantes au point de se retrouver en difficulté face à des challengers (Google, Apple,…) beaucoup plus créatifs et sensibles aux usages en croissance. La firme de Cupertino est-elle devenue arrogante au point de se mettre en danger ? Je suis loin d’en être convaincu ! Mais son statut a changé. Apple n’est plus cette start-up des années 70 et 80 qui se lance en bourse en comptant sur des investisseurs prêts à risquer beaucoup d’argent dans une société qui tente se faire une place au soleil de la Silicon Valley.  Apple est devenue un géant de l’industrie qui se pilote comme tel. Apple est devenue cette valeur sûre qui nécessite autant de créativité que de doigté marketing, commercial ou financier. Une firme mondialisée qui doit séduire ses clients tout comme ses investisseurs. C’est sûr ! Le tableau fait moins rêver que celui du duo génial qui bricole un ordinateur dans un garage pour finir par tailler des croupières aux géants du secteur. Mais ce temps est fini !

Apple innove toujours mais…

Cela n’empêche pas Apple de parier sur la R&D, un poste qui a encore englouti un budget historiquement haut en 2014. Cela n’empêche pas non plus Apple d’avancer ses pions sur des territoires qui lui sont encore inconnus : la Chine pour son iPhone, l’univers professionnel pour son iPad (accord Apple/IBM), la santé et le sport avec son Apple Watch, l’automobile avec CarPlay, le paiement sans contact avec Apple Pay, le streaming musical avec Beats Music, sans pour autant délaisser un segment finalement toujours vivace, l’ordinateur de bureau.

Cependant, soyons honnêtes ! Steve Jobs avait une certaine idée de la perfection à laquelle devaient se plier ingénieurs et markéteux (ce qui lui a joué des tours, licenciement compris) et force est de constater que l’iPhone, véritable vache à lait d’Apple (56% de CA d’Apple au Q4 fiscal 2014), a quelques défauts qui pourraient bien être le fruit du pouvoir excessif du marketing. La fragilité de l’iPhone 6, tout comme la protubérance du capteur photo ou la grande visibilité des antennes (impossible d’intégrer du verre ou autre comme sur l’iPhone 5/5s à cause d’un boitier trop fin) ne sont-elles pas dues à la volonté interne de toujours vouloir annoncer une finesse et une légèreté record ? Cela n’empêchera pas à l’iPhone 6 de devenir l’iPhone le plus vendu de l’histoire d’Apple. Cela laissera à Cupertino le temps et l’argent nécessaires pour se hisser à nouveau à la hauteur de son succès.